Le ruban jaune au sommet de l’Himalaya

Sep 9, 2019 | Sport

“Tout ce qui est compliqué et impossible n’attend que d’être réalisé…”

Voici les mots d’une grande battante, notre biquette des montagnes Nathalie Reuse. Une endogirl qui n’a pas peur de gravir les plus hautes montagnes du monde, malgré les douleurs et les complications, prête à relever toujours les plus grands des défis et porter les couleurs de l’endométriose.

"

Rappelez vous, elle avait le projet de monter à plus de 6200m en Himalaya, au Kang Yatsé. C’est en Juillet dernier qu’elle a relevé le défi.

Camp de base du Kang Yatsé Ladakh Cachemire 5000m

“L’important est le chemin, peu importe la réussite ou l’échec. Avec l’expérience devient plus forte que hier, et moins faible que demain.”

Nous l’avons soutenu dans cette démarche, vous l’avez aussi soutenu à travers vos dons. Elle a tellement aimé porter haut les couleurs de la force des endogirls, qu’elle nous promet de recommencer l’année prochaine!

Voici son récit

“L’Himalaya, le grand rêve en voyant des images de ses hauts sommets du Ladakh, dans la région du Jammu-Cachemire. Des formations rocheuses fascinantes et aux multiples couleurs. Sauvage et loin de la foule contrairement au Népal, sans moyens de secours ni réseau de communication, le tel satellite étant considéré comme espionnage. Juste le talkie-walkie entre le Guide et l’équipe des 6 horseman et aides de camp, et 9 chevaux. Arrivée à Leh à 3500m, visites de monastères et plaisirs gastronomiques indien. Ayant trop abusé des plats un peu épicés à Leh, mes intestins vont lâchés et je n’aurai que quelques heures pour me remettre d’aplomb avant le départ ! 

Le lendemain on part pour 4 jours de marche d’approche pour le Camp de Base à 5000m, étapes entre 15 et 25km par jour, sous la chaleur écrasante du désert, avec la traversée de rivières car les ponts n’existent pas là-bas. On boira facilement nos 4-5 litres quotidien. Beaucoup de camps militaires à Leh, des check-point, et de l’attente sur une route de montagne où les gens cassent à la masse des blocs rocheux qu’ils ont déroché pour sécuriser le chemin, dans un hamas de poussière. Le luxe de la liberté et de la vie en campement, la douche à la rivière à 4000m. Puis au Camp de Base à 5000m c’est 3 jours de pluie-neige-grêle et un coup d’orage qui marqueront nos journées d’attente, et un terrain boueux autour des tentes. Check régulier de notre taux d’oxygène dans le sang, nous sommes tous à une moyenne entre 81-85% et les pulsations entre 100-115, on est bien et aucun signe de mal aigu des montagnes. En plus de l’endométriose, je suis atteinte du facteur V de Leiden, trouble de la coagulation avec passé thrombosique, chaque jour dès 5000m je me fais une injection dans le ventre d’anticoagulant. Le jour du sommet on mange vers 23h et décidont que s’il pleut, on ne part pas. Il pleut et grêle et tonnerre. On part quand même pour 1000m d’ascension dans la nuit. Puis à 5500m une équipe fait demi-tour, alors que d’autres tentent le sommet dans une meteo dantesque et sans visibilité. L’attente au camp de base est longue et la météo angoissante sachant les autres sur la montagne. Puis ils apparaissent à la descente proche de nous, on est soulagé de tous se retrouver !

Ils auront fait le sommet en conditions météo exécrable. Dur coup pour le moral ensuite, c’est toujours plus facile après de juger les décisions prises et de vivre avec. Repartir, il me faudra vite repartir pour un 6000, ne pouvant rester sur un échec insupportable. Le retour à Leh se fait par un col à 5200m sous une fine pluie, et la descente dans un canyon avec une dizaine de traversée du torrent boueux, chaussures aux pieds et l’eau jusqu’aux genoux, ambiance assurée. Le jour de repos on prend un chauffeur pour faire 150km et 5h de jeep pour relier le Pangong Lake, lac turquoise d’une rare beauté, à 4250m en passant par le col Chang La à 5360m. On se surprend à courir prendre des photos malgré l’altitude, l’on y est mieux qu’en plaine. Une jeep sans puissance, des routes d’altitude défoncées et des passages à flanc de montagne et de précipices.

Une première expérience inoubliable, fascinante, une aventure fabuleuse. Des paysages grandioses, des lagopèdes, un aigle, des marmottes et yaks sauvages à 5000m, des enfants vivant à 4000m dans un homestays, des gens heureux dans leur rudesse de vie. Un matin nos chevaux auront pris la poudre d’escampette, on les attendra et notre bon horseman ira les récupérer 200m plus haut dans la montagne, en croc et à pied nu. Une expérience de vie, une preuve que les rêves sont fait pour être réalisés, un message d’espoir aux femmes atteintes comme moi d’endométriose, ce cancer silencieux qui ronge les organes mais dont on ne meurt pas, aux multiples opérations, aux symptômes difficile à gérer. Ce qui est compliqué ou impossible est fait pour être tenté, en s’adaptant, en vivant. Cinq jours avant le départ j’étais en ambulance pour 10h de crise de douleurs, sous perfusion de fentanyl, un opoïde, puis quelques jours après je gambadais à 5500m, alors elle est pas belle la vie ?! Vivement l’été 2020, car je retourne au Ladakh pour tenter l’ascension des sommets Mentok Kangri de 6250m et Chamsher Kangri à 6630m.”

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